CUSSET ET AIGUEPERSE BONNES VILLES DU BAS PAYS D’AUVERGNE

À l’invitation de l’Association culturelle d’Aigueperse et ses environs (ACAE), samedi 21 octobre 2017, Jacques Corrocher, historien du Bourbonnais et de l’Auvergne, membre du Conseil d’administration de l’ACAE, a fait découvrir dans sa conférence à la salle polyvalente, la place majeure tenue par Cusset depuis le début du XIIIe siècle jusqu’au XIXe siècle dans l’histoire de la région.

La notion de « bonne ville » appartient, depuis la fin du XIIIe s., à la langue administrative et juridique utilisée par le pouvoir royal. Pour la basse Auvergne (de St-Pourçain sur-Sioule à Langeac), 13 villes ont obtenu, dès le début, le label officiel, selon une liste immuable : Clermont, Riom, Montferrand, Billom, Aigueperse, Saint-Pourçain, Brioude, Issoire, Cusset, Langeac, Saint-Germain-Lembron, Auzon, Ébreuil, toutes situées sur une étroite bande de territoire le long de l’Allier et de la Sioule.
Lorsque les états provinciaux d’Auvergne, réunissant sur convocation du roi les trois ordres (noblesse, clergé, tiers-état), périclitèrent dès la fin du XVIe s., puis disparurent entre 1624 et 1637, le tiers-état resta seul à défendre l’autonomie et les intérêts de la région face au pouvoir central. Sa compétence consistait à régler les affaires financières et fiscales (répartition des impôts locaux, assiette des impôts royaux), sécuritaires et frumentaires.

L’accession à cette élite urbaine exigeait des compétences que réunissaient Cusset et Aigueperse :
  • présence de fortifications dissuasives avec tours, portes, fossés, pour assurer la sécurité des habitants : à Cusset, ville d’origine monastique depuis la fin du IXe s. (abbaye de bénédictines), les murailles en dur furent élevées à la fin du XIIIe s., puis reconstruites par Vauzy de Saint-Martin, auteur de celles de Dijon, en 1482-1483, sous la conduite de Jean de Doyat, secrétaire particulier de Louis XI, dessinant un périmètre polygonal de 1300m ceinturant 11,5 hectares ; à Aigueperse, ville-rue traversée par le Grand chemin de Paris en Languedoc, ces murailles s’allongeaient sur 1km pour 200m de large, nécessitant de nombreuses tours et portes et ce, enserrant une vingtaine d’hectares.
  • existence d’un corps municipal élu avec consuls, échevins, milice pour diriger les affaires et veiller à la sécurité ; nos deux villes furent, au Moyen Âge, le siège d’un bailliage avec son appareil bureaucratique et ses hommes de loi pour rendre la justice au nom du roi, en 1365 pour Aigueperse, 1366 pour Cusset, doublé d’une prison et d’un gibet au lieu-dit « les Justices » ou « La Justice ».
  • l’empreinte religieuse y était importante avec, des deux côtés, une église paroissiale, un collège de chanoines officialisé en 1236 pour Cusset, en 1253 pour celui de Notre-Dame à Aigueperse, une abbaye de bénédictines depuis le IXe s. à Cusset, un couvent de clarisses dès 1421 à Aigueperse. En outre, Cusset devint un des sept archidiaconés du diocèse (1206), puis archiprêtré rayonnant sur 109 paroisses de Toulon-sur-Allier à Puy-Guillaume.
  • expression d’une vocation éducative, d’abord auprès des chanoines pour les garçons (école capitulaire ici, manécanterie là) et auprès des religieuses pour les filles, ensuite dans des bâtiments autonomes gérés par la municipalité.
  • surtout vigueur économique impulsée par les artisans, les marchands, les gens de labeur (laboureurs, vignerons) pour ravitailler la ville et proposer leurs surplus lors des marchés et des foires, sous les halles et en divers points. Des deux côtés, un ruisseau traversait la ville, à Aigueperse le Buron en « bas de ville » où s’activaient les tanneurs, à Cusset le bief dérivé du Sichon pour actionner trois moulins intra muros.

  • Desservies par des voies importantes, nos deux « bonnes villes » se dotèrent de structures hospitalières: un hôtel-Dieu, une maladrerie en limite de paroisse (à l’écart, mais trop car le malade allait quêter en ville, au bord d’un route passagère pour recevoir des dons et orientée par rapport aux vents dominants auxquels on attribuait la propagation de la maladie). À Cusset, sur le Montbeton sur la route de l’Auvergne, à Aigueperse au « col » de Montpensier sur le Grand chemin royal.
Nos deux villes répondaient bien aux critères de sélection : stratégique et défensif, économique, administratif et judiciaire, éducatif et hospitalier, de quoi en faire de petites capitales régionales
Pour conclure cette sympathique réunion, Nadine Moulin, secrétaire de l’ACAE, remercia vivement l’orateur, invita les 80 auditeurs et le conférencier à partager un verre de l’amitié, puis rappela le thème de la prochaine conférence de l’ACAE : « Jeanne d’Arc, une jeune fille en questions » par Alain Valériaud. le 25 novembre 2017, à 16h, dans cette même salle polyvalente d’Aigueperse.
Texte : M. Debatisse ; photos : J. Corrocher, L. Crochet, N. Moulin et AD Allier, C23