Samedi 24 mars 2018, la conférence de Jean-Baptiste Ledys sur les aviateurs auvergnats de la Première Guerre mondiale a attiré une centaine d’auditeurs. Passionné par l’histoire des débuts de l’aviation, le conférencier est l’auteur de deux ouvrages : L’histoire de l’aviation dans le Cantal, 1910-1945 (2013) et, élargissant ses recherches à l’ensemble de la région, Dictionnaire des aviateurs auvergnats de la Première Guerre mondiale (2016).

Dans cette dernière publication, l’auteur a souhaité faire ressortir des parcours intéressants d’appelés que, pour la plupart, rien ne destinait à l’aviation. Incorporés comme des dizaines de milliers d’autres Poilus dans l’infanterie, dans l’artillerie, ou la cavalerie, au fur et à mesure que le haut commandement commença à s’intéresser à l’aviation, une arme non encore traitée dans les enseignements des écoles de guerre, certains de ces soldats s’aventurèrent dans ce nouveau monde qui impressionnait tant. J.B. Ledys a recensé plus de 500 de ces aventuriers dans la seule région d’Auvergne. Ce nombre pourrait bien sûr sembler surprenant. Le relief montagneux auvergnat ne facilitait guère les vols de ces « drôles de machines », si ce n’étaient ceux de quelques cas d’intrépides acrobates prêts à atterrir dans des prés quand ce ne fut pas, comme Eugène Renaux, venant de Paris en 1911, au sommet du Puy-de-Dôme.

Olivier Paradis, président de l’ACAE, présente  l’orateur.

Il n’était bien sûr pas question pour l’orateur d’énumérer les parcours de ces centaines d’Auvergnats que les Poilus ne se lassait pas d’admirer lorsqu’ils survolaient leurs tranchées, mais d’illustrer ce qu’ils vécurent sur ces machines assez primitives du début de la guerre et qui s’améliorèrent au fil des ans jusqu’à pouvoir jouer un rôle notable dans la victoire des Alliés. Cette nouvelle arme devint même l’objet d’une forte demande de la part des généraux à partir de 1916 et de la bataille de Verdun.

Les as de l’aviation : des chevaliers du ciel

Les régiments de cavalerie fournirent un grand nombre de ces candidats aux combats aériens ou, pour les mécaniciens, à l’entretien des machines. En effet, assez vite la guerre de position qui s’installa ne laissa plus de place aux charges héroïques d’autrefois. J.B. Ledys illustra à plusieurs reprises ses commentaires par des lectures de courriers de ces aviateurs. Il en ressortait que le commun des mortels, du fond de sa tranchée, dans la boue, le froid, les rats, l’odeur de la mort, etc.  non seulement admirait ces chevaliers du ciel, mais aussi les enviait de pouvoir revenir, après leurs brefs combats, se poser et… se reposer dans le relatif confort de leur terrain d’aviation à l’arrière du front.

Ces aviateurs étaient vus comme des héros avec, au premier rang, les fameux as de l’aviation, ainsi classés après au moins cinq victoires en combat aérien. Leur image fut beaucoup utilisée par les services de propagande du ministère des Armées.

Eugène Gilbert (1915)

De tels as de l’aviation ne manquèrent pas en Auvergne : Eugène Gilbert, né à Riom, mais originaire de Charmes près d’Aigueperse, Gilbert Sardier de Riom, Louis Chartoire de Marsat, etc.

A l’origine, les missions se résumaient à effectuer des reconnaissances pour évaluer les forces et emplacements des troupes ennemies. Puis, ils guidèrent les tirs d’artillerie. Ce furent ensuite les bombardements. Si la première victoire aérienne française date d’octobre 1914, au cours de laquelle quelques tirs au fusil effectués tant bien que mal par le pilote suffirent à chasser l’avion ennemi, les premiers vrais combats aériens débutèrent en février 1916, au-dessus de Verdun, avec des escadrilles développant des stratégies nouvelles propres à l’aviation de chasse.

Une centaine d’auditeurs très attentifs.

André et Edouard Michelin se passionnèrent pour cette nouvelle arme

J.B. Ledys rappela que les frères André et Edouard Michelin proposèrent très tôt à l’état-major l’appui de leur usine clermontoise pour la construction de bombardiers (les Bréguet-Michelin, BM) et pour la formation des pilotes. Sous leurs conseils, Aulnat fut choisi par le ministère des Armées pour remplacer le terrain des Gravanches. Ils y construisirent des hangars. Ce fut d’ailleurs cette fameuse terre grasse de Limagne qui obligea de bétonner la piste, ce qui permet au terrain d’Aulnat de prétendre qu’il fut le premier au monde à disposer d’une piste d’aviation en dur.

Plus de 1500 bombardiers Breguet-Michelin produits à Clermont-Ferrand.

Pendant les questions au conférencier, plusieurs auditeurs ayant eu de leurs ancêtres dans cette arme, apportèrent quelques informations supplémentaires. Si les premiers pas de l’aviation passionnèrent en leur temps les populations, l’intérêt porté à la conférence de J.B. Ledys montra, s’il le fallait vraiment, qu’une même passion perdure jusqu’à nos jours.

Olivier Paradis remercie Jean-Baptiste Ledys pour sa passionnante intervention.

Au nom de tous les présents, Olivier Paradis remercia l’orateur pour sa très intéressante et très documentée conférence. Il rappela enfin qu’à l’occasion du centenaire de l’Armistice de 1918, l’Association culturelle proposera, le 10 novembre prochain, un colloque autour de témoignages locaux qui accompagnèrent cet événement national.

ATTENTION : la transformation de la salle polyvalente en cantine fera transporter les prochaines conférences au collège Diderot en sortie d’Aigueperse sur la route de Montpensier.
Texte : M. Debatisse ; photos : L. Crochet, N. Moulin