UNE HORLOGE AIGUEPERSOISE DATANT DU MILIEU DU XIXe SIECLE

Dans son article très documenté faisant l’inventaire des horlogers aiguepersois (Sparsae n°71 paru en  2013), Gérard Houzé, membre actif de l’ACAE, notait que, parmi les nombreuses comtoises marquées « Aigueperse », le plus grand nombre provenait de l’horloger Liebher. Il indiquait aussi que le Dictionnaire des horlogers français (2e partie, éd. Tardy), une des bibles des antiquaires, précisait à son sujet : « horloger à Aigueperse, 1870 ».
Ayant reçu une offre d’un habitant de la région, le conseil d’administration de l’Association culturelle d’Aigueperse et ses environs (ACAE) décida, en août 2016, d’acheter une horloge aiguepersoise marquée « A. Liebher ». Bien qu’en bon état apparent, il fallait toutefois prévoir l’intervention d’un spécialiste pour réparer avec soin son beau cadran et la remettre en état de marche. Elle fut confiée pour cela au musée de l’horloge de Charroux (Allier) et son responsable, Daniel Fonlupt, ami de l’ACAE qui publia aussi dans Sparsae, vient de nous la rendre dans un magnifique état.
Lorsque l’horloge avait été déposée à Charroux, Daniel Fonlupt avait noté que le nom de cet horloger avait été rédigé d’une façon exceptionnelle. En effet, il comportait la mention de l’initiale du prénom de l’horloger, la lettre « A » pour Anselme, alors qu’habituellement seul le patronyme était inscrit sur le cadran : selon les cas, LIEBER ou LIÉBHER.
Gérard Houzé a pu confirmer et compléter ce commentaire en notant que le texte du cadran est, tout aussi exceptionnellement, rédigé en lettres cursives au lieu des majuscules droites habituelles pour cet horloger. De plus, il a remarqué que cette forme d’écriture cursive est du même type que celle utilisée pour les horloges d’un autre horloger aiguepersois, Bazile Ehret qu’il avait mentionné dans son même article de 2013. Ce dernier aurait exercé autour des années 1850. Liebher aurait-il succédé à Ehret ? Les deux auraient-ils même travaillé ensemble pendant quelques temps ? La question reste ouverte.

Ainsi donc, cette horloge semble être un exemplaire assez rare parmi celles, très nombreuses, commercialisées par cet Anselme Liebher tout au long de sa longue et, apparemment, dynamique vie professionnelle à Aigueperse. C’est une chance que l’ACAE ait pu l’acquérir et puisse ainsi la protéger.
Par ailleurs, Gérard Houzé a trouvé l’origine du marquage « CN » lisible en bas à droite du couronnement du cadran ainsi que sur le balancier. Selon le livre LA COMTOISE de Francis Maitzer et Jean Moreau, il s’agit des initiales de Carl Neufeld, fabricant allemand de couronnements, installé à Iserholn, en Westphalie.
Sur le côté gauche on trouve aussi la mention « DEPOSE » : CN était donc une marque déposée.
M. Vigne et G. Houzé calent, avec précaution, le mécanisme.
Comme ces quelques photos le montrent, la qualité du travail de Daniel Fonlupt est remarquable, car, à côté de la remise en état du mécanisme, il a parfaitement réussi à redresser la partie centrale du cadran émaillé sans faire disparaitre, malgré ses fissures, la couche d’émail. Il lui a aussi fallu remplacer les aiguilles qui étaient en mauvais état.
Depuis sa remise en route, le 5 mai 2018, grâce à un bon calage, l’horloge fonctionne bien et agrémente même d’une sonnerie à la fois douce et profonde, les réunions de l’Association. Elle sonne deux fois l’heure et une fois la demi heure.
Au total, une belle et utile initiative de protection du patrimoine local.
 Texte : M. Debatisse ; photos : G. Houzé & N. Moulin