L’Association culturelle d’Aigueperse et ses environs (ACAE) est membre de l’Association internationale de recherche sur les charpentes et plafonds peints médiévaux* (RCPPM). Début avril 2019, cette dernière organisait à Pézenas (Hérault), en collaboration avec la Mission patrimoine Pézenas-pays d’art et d’histoire, une semaine de visites, conférences et découvertes des décors de ces plafonds.

* Site de la RCPPM : http://rcppm.org/blog/
Maison des consuls de Saint-Pons-de-Mauchien (Hérault).

Le Languedoc et le Roussillon sont particulièrement riches en plafonds et charpentes peints du Moyen Âge. Les sites les plus connus en la matière sont notamment à Perpignan, Montpellier, Bézier, Lagrasse (Aude), Capestang (Hérault), mais aussi Pézenas et ses villages environnants.

L’intérêt porté à ces reflets du Moyen Âge que sont les plafonds peints, est relativement récent. Jusque là, l’attention se portait surtout sur l’architecture de cette époque, civile, militaire, religieuse. Les intérieurs de ces bâtiments présentaient pourtant des belles peintures, riches en enseignements. Si celles présentes sur les murs ont trop souvent disparu au gré des aménagements décidés par leurs occupants, les plafonds, sans doute trop difficiles à atteindre pour s’en prendre à eux, furent assez souvent préservés, notamment cachés par des faux plafonds sur lattis.

La RCPPM a bénéficié, dès ses premières années, d’un soutien extrêmement actif de la DRAC du Languedoc avec plusieurs ingénieurs, architectes et chercheurs s’appliquant à retrouver et préserver ces magnifiques témoignages de l’imaginaire médiéval et de la vie des nobles, des bourgeois et des clercs de ce lointain passé.

Closoir de l’hôtel de Graves à Pézenas représentant deux musiciens.

Avec son plafond médiéval, Aigueperse montre, s’il en était besoin, que l’on trouve de tels décors non seulement sur l’arc méditerranéen (de l’Espagne à l’Italie en passant par le sud de la France) mais aussi plus au nord. Le château de Ravel, la maison des chanoines de Brioude, et d’autres plafonds plus récemment découverts dans le Cantal ou la Haute-Loire participent, avec Aigueperse, de ces sites longtemps méconnus.

Exposé de techniques de dépoussiérage de peintures sur bois médiévales.

Hélas les dégâts furent fréquents avant que l’on accorde un peu d’intérêt à ces plafonds peints. Les catastrophes les plus graves ayant pu les atteindre proviennent souvent de la mode des badigeons blancs passés sur les plafonds par leurs occupants successifs(pour éclairer la pièce ou pour lui donner un air plus moderne) et, surtout, des grattages qui y furent effectués au cours des siècles. Ceci sans compter avec les édifices  qui s’écroulèrent ou furent détruits.

Cour intérieure et escalier de l’hôtel de Brignac (Montagnac).

Différentes techniques modernes comme la photographie infrarouge, permettent d’entrevoir l’apparence ancienne de décors largement effacés.

Des couches séculaires de poussière et de suie (fumée de la cheminée ou de bougies) s’accumulèrent aussi sur ces peintures. Dans ce cas, un nettoyage prudent réalisé par des spécialistes peut conduire à ce qu’il faut bien considérer comme de véritables miracles comme c’est le cas à l’hôtel de Brignac (propriété privée) dans la partie ancienne du bourg de Montagnac, à une dizaine de kilomètres de Pézenas.

Closoirs de l’hôtel de Brignac à Montagnac.

La salle principale de réception de cet hôtel de Brignac, située au premier étage, laisse découvrir un plafond peint d’une conception comparable à celle que nous connaissons à Aigueperse, présentant de nombreuses scènes, des animaux, des blasons. L’ensemble, parfaitement rénové, fascine le visiteur d’aujourd’hui comme celui d’hier.

Plafond de la maison des consuls de Saint-Pons-de-Mauchien.

Autre exemple, pourtant non encore décapé de ses couches de suie, la grande salle d’apparat de la maison des consuls de Saint-Pons-de-Mauchien. En meilleur état, on doit mentionner celui de l’hôtel de Grave à Pézenas. Ces propriétés privées, habitées, ne se visitent que de manière exceptionnelle (par exemple lors des Journées du patrimoine – cf. Bureau d’information touristique de Pézenas).

Si, dans ces cas et dans bien d’autres, des propriétaires consciencieux ont souhaité protéger ce magnifique patrimoine, dans un passé même récent, d’autres plafonds, découverts de manière fortuite, furent détruits soit par ignorance, soit volontairement pour ne pas se sentir obligé de les protéger.

Parfois, la nature un peu osée de certains tableautins put inciter de pudiques propriétaires à cacher ou même à faire disparaitre ces œuvres. Mais ce n’est pas toujours le cas. C’est ainsi que la Maison du patrimoine du bourg de Lagrasse (Aude) présente au rez-de-chaussée et au premier étage de ce qui était le presbytère, des plafonds du XVe siècle, à six caissons chacun, présentant près de 200 closoirs (petits panneaux de bois entre solives) d’une truculence surprenante et d’une imagerie animée qui interpelle l’observateur : des bestiaires fantastiques, des personnages, des armoiries ou des marques de marchands, et même certaines scènes sont cocasses ou à caractère grivois comme, pour ne parler que des plus anodins, deux ânes qui fouettent un couple nu… Intéressant décor pour animer la vie d’un presbytère !..

On y voit aussi des jongleurs et des fous dansant des mauresques. En contraste, d’autres peintures sont plus sérieuses, montrant par le symbole d’un crâne le temps qui passe et rappelant ainsi l’imminence de la mort.

Ces tableautins de Lagrasse ont été découverts par hasard en 2012. Au total, le village possède cinq maisons classées monuments historiques et un patrimoine de près de 600 closoirs provenant de quinze plafonds de dix demeures.

Charpente de l’église de Bessan comportant quelques poutres peintes.

Autres cas intéressants : les poutres et charpentes peintes d’églises, cathédrales ou de palais (Bézier, Perpignan). Même de modestes petites églises paroissiales, telles qu’à Bessan (Hérault), autrefois possession des moines de La Chaise-Dieu (Haute-Loire), conservent sur leur nef plusieurs poutres et chevrons peints.

Closoir de l’hôtel de Brignac (Montagnac).

Les quelques images ici présentées ne peuvent que donner une image très insuffisante de ce riche et magnifique patrimoine languedocien. Nombre d’autres plafonds restent à découvrir.

Les visites et conférences ouvertes au public telles que, cette année, celles de Pézenas, sont destinées non seulement à faire connaître et analyser ces œuvres, mais également à attirer l’attention de propriétaires (publics ou privés) sur l’intérêt de les respecter et de les protéger.

Le plafond d’Aigueperse, avec sa soixantaine de closoirs, fait partie des beaux plafonds peints de la fin du Moyen Âge. Ses tableautins sont reproduits et analysés dans la revue de l’ACAE, Sparsae hors série n°7, dont Jacques Corrocher est l’auteur (voir sur ce site).

Pour une vue générale des peintures de plafonds médiévaux de l’arc méditerranéen, on pourra se reporter au site ci-dessous :

http://rcppm.org/blog/wp-content/uploads/2016/02/Patrimoine-du-sud_N3_Article-Maison-aux-images-de-Lagrasse.pdf

Texte : M. Debatisse ; photos : M. Debatisse, RCPPM, Sparsae.