L’Association culturelle d’Aigueperse et ses environs (ACAE) vous propose quelques pages tirées de ses publications sur l’histoire et le patrimoine de la région d’Aigueperse.
L’ACAE sera heureuse de recevoir des études, notes et documents autour des thèmes de l’histoire et du patrimoine d’Aigueperse et des communes environnantes.
Bonne lecture.

AVANT-PROPOS. En 1627, le maréchal d’Effiat créait une maison tenue par les pères de l’Oratoire afin de dispenser un enseignement primaire aux jeunes de la région et desservir les églises paroissiales d’Effiat, Denone, Bussières et Olhat. En 1714, le petit fils du maréchal, Antoine II Coiffier, reprend l’oeuvre de son grand-père en la transformant en un véritable collège réservé aux gentilhommes. En 1776, le collège de l’Oratoire devient par lettres patentes du roi Louis XVI, l’école militaire d’Effiat. (cf. O. Paradis, “L’école royale militaire d’Effiat, 1776-1793”, Sparsae, 10, 1986, pp.23-25).
L’école d’EFFIAT possédait un véritable service de santé autonome, qui était déjà en place avant la transformation en école militaire en 1776 (1). Aménagée au premier étage de l’aile qui est adossée à l’église, l’infirmerie communique par une porte-fenêtre avec une terrasse, où les malades peuvent prendre l’air et le soleil (2). La première pièce contient neuf petits lits « à tombeaux », fermés de rideaux de cotonnade verte. Chaque lit possède une paillasse, deux matelas, deux couvertures et un traversin. Au centre de la pièce, sont disposées trois grandes tables avec vingt chaises. Un petit buffet à deux portes contient du linge. Une pièce attenante sert, à la fois, de pharmacie et de chambre de veille. Deux chaises en paille et un lit à rideaux jaunes sont utilisés par l’infirmière de garde qui passe certaines nuits pour veiller les malades. Ce travail revient parfois à une autre personne : Marie JALLOT, peigneuse et couturière de son état, à qui furent versées des journées de garde à l’infirmerie en novembre 1780 et 1785. C’est aussi le cas de Marguerite CHAUCHEPRAT (3).
Vue du château d’Effiat du côté du jardin, lithographie de Deroy .
Marie BERTHELET et Bonnet MARTIN sont deux infirmières en titre. Elles se font parfois seconder par un « garçon de l’infirmerie », le jeune PERNELLE. Ce sont des dames expérimentées qui règlent tous les détails de l’infirmerie. CAMUS et RICHEMONT en gardent un émouvant souvenir (4) : « elles remplissaient ce devoir avec autant de bienveillance et de charité que les dignes soeurs de l’ordre de Saint Vincent de Paul ».
Mais les responsables suprêmes de l’infirmerie sont le chirurgien et le médecin. Le chirurgien est employé à demeure, logé dans le village, et il doit vraisemblablement exercer aussi pour la population locale. À partir de 1782, il s’agit de monsieur LAGOUT qui restera à l’école jusqu’à la fermeture de celle-ci (15). Avant cette date, il semble que les chirurgiens étaient appelés de l’extérieur (LAGRAVE, chirurgien de l’extérieur, paiement pour 24 visites à EFFIAT le 7.07.78)(5).
Quant au médecin, il est lié par contrat avec les pères de l’Oratoire. Le médecin le plus marquant est Jacques VOIRET d’AIGUEPERSE, personnage jouissant de la plus haute estime de la part de ses contemporains ; il vient quasi quotidiennement à EFFIAT. Le renouvellement de sa convention, du 22 janvier 1778, nous apprend qu’il s’est engagé à voir les personnels et les élèves pour la somme de 300 livres par an, à partir du 1er octobre 1777, ainsi que le service des pères, des boursiers et des domestiques, pour 60 livres de rentes payables au 20 juillet de chaque année. Il accomplit cette tâche jusqu’en 1785, année de son décès (7). Les termes de son contrat sont d’un grand intérêt social. Les oratoriens pensent à protéger la santé de leurs élèves et de leurs propres personnes, mais également celle de leurs domestiques. Nous avons là un exemple de médecine du travail avant la lettre.
Apothicairerie de l’hôtel-Dieu de Tournus.
En 1785, VOYRET est remplacé par son fils, puis par un certain BARTHÉLEMY à partir de 1787, auquel se substitue parfois un docteur MONESTIER. Durant son long service, le vieux médecin VOYRET fait parfois appel à DULIN, son confrère d’Aigueperse. À noter que les oratoriens ont eu recours en 1780 aux services des chirurgiens des charitains de l’hôpital d’EFFIAT, en ayant bien pris la précaution d’en demander l’autorisation préalable à leur ordre (8).
Les documents étudiés nous ont appris le décès de six enfants pour les dix-sept années de fonctionnement, dont trois au mois de septembre 1777, tous trois boursiers du roi (9). Aucune indication n’est fournie sur les causes de ces disparitions, sauf pour l’un d’entre eux, Paul de VICT de PONTGIBAUD (10). Pensionnaire à EFFIAT depuis le 7 septembre 1779, il décède le 42ème jour de sa maladie, à l’âge de 11 ans, le 3 novembre 1780. Le médecin parle de « fièvre étique ». Les deux autres décès identifiés sont ceux de Edme François PLUVINET, pensionnaire, entré à EFFIAT en novembre 1778 et décédé à l’âge de 12 ans, le 10 octobre 1780, et de Jean Baptiste Hercule de NEUVILLE, entré comme boursier du marquis d’EFFIAT le 27 octobre 1789 et décédé en juin 1790 (11). Avec les trois élèves du roi, morts en 1777, le total des élèves décédés en cours de scolarité est de six, pour un effectif de 516 enfants sur dix-sept années de fonctionnement, de 1776 à 1793.
Il est probable que des maladies contagieuses sont à l’origine de ces décès. La fièvre étique en question semble être la rougeole, car les livres de comptes font état de l’achat de “drogues pour la rougeole”.
L’infirmerie doit surtout soigner des grippes, des rhumes ou des blessures par accidents. Le 31 décembre 1788, LAGOUT a acheté des bandages pour MM. DE VIRGILE, BELLENAVE de SALVERT et DAUREL (12). Les cours d’escrime qui sont dispensés à l’école d’EFFIAT sont la source la plus fréquente d’ « accidents » sans gravité. Les pères utilisent, eux, pour se soigner, les vertus curatives des eaux thermales, soit à VICHY, soit à NÉRIS comme le Père RIVETTE en juillet 1779, qui part là-bas « soigner ses douleurs » (12).
Apothicairerie de l’hôtel-Dieu de Tournus.
La pharmacopée utilise des ingrédients fort simples, de l’eau de SAINT-MYON, des hosties et pilules, cachets, encens, racine d’iris, poivre, quinquina, eau de fleur d’oranger, thé vert, mais aussi d’autres produits plus élaborés : onguent « tuthie », baume « fioraventi », pierres infernales, eau vulnéraire, pommade épispatique, thériaque, emplâtres de NUREMBERG, « drogues ». Certaines commandes passent par l’intermédiaire du père prieur de la charité d’EFFIAT (13).
Les comptes font état de fréquentes visites chez le dentiste et des soins donnés à M. de PRÉMAUX par M. BONNET, oculiste, le 20 décembre 1781.
La modernité de l’école d’EFFIAT ressort dans tous ses aspects, dans son enseignement et aussi dans son organisation matérielle. Le ministre SAINT-GERMAIN qui fut à l’origine de la fondation des écoles militaires de 1776, demandait à ce que les responsables des futures écoles s’attachent particulièrement à la bonne santé et à l’hygiène des élèves (14).
Les pères oratoriens de l’école d’EFFIAT ont été plus loin que les intentions du ministre en organisant une surveillance constante de la santé des élèves. La situation est loin d’être semblable dans les autres établissements d’enseignement de la fin de l’Ancien Régime.
                              Olivier PARADIS
NOTES
(1) Olivier PARADIS, « l’École Royale Militaire d’EFFIAT » ; Sparsae, n°10, décembre 1986, p.23-25.
(2) Archives municipales d’AIGUEPERSE. Inventaire des dépenses et revenus des établissements d’instruction publique, du 5 février 1792. Plan de l’École d’EFFIAT en 1777, Archives nationales, services des plans, N. 111 Puy de Dôme, 51.
(3) Livres des comptes de l’Oratoire d’EFFIAT. Archives départementale du Puy-de-Dôme. 3.D.15, fonds de l’Oratoire d’EFFIAT.
(4) Mémoires du général CAMUS de RICHEMONT, Moulins, Desrosiers et fils, 1858.
(5) Livres et comptes, A.D du Puy-de-Dôme, 3.D.14.
(6) Olivier PARADIS, « La création de la place d’ORLÉANS », Sparsae, n°11, p.16-21.
(7) État-civil d’AIGUEPERSE. Archives municipales.
(8) Courrier du supérieur d’EFFIAT au supérieur général à PARIS. Archives de l’Oratoire de PARIS, Armoire 5, carton XXXVI, dossier EFFIAT.
(9) Service historique de l’Armée de Terre, Ya 157. Écoles royales militaires. Dossier EFFIAT. Rapport d’inspection du chevalier de KERALIO, d’octobre 1777.
(10) Livres de comptes de l’école militaire, archives de MOROGES, château d’EFFIAT.
(11) Lettres de nomination des boursiers du marquis d’EFFIAT, Archives départementales, fonds des oratoriens.
(12) Livres de comptes, Archives départementales, 3.D.15.
(13) L’Hospice d’EFFIAT possède encore aujourd’hui une admirable pharmacie dont l’avait dotée la maréchale d’EFFIAT.
(14) Mémoire du comte de SAINT-GERMAIN au roi, mars 1776.
(15) Le docteur LAGOUT s’installera à Aigueperse après la fermeture de l’école. Il se servira de son passage à Effiat et de la bonne réputation du service de santé de l’école, pour asseoir une célébrité qui assurera le succès d’une officine de pharmacie à Aigueperse, jusqu’au milieu de notre siècle. L’élixir du docteur LAGOUT, sorte de « potion magique » guérissait tous les maux, et M. Pierre MARLIAC, pharmacien, en recevait encore des commandes dans les années 1930.

Extraits d’un article paru dans la revue Sparsae n°13, 1ère éd. 1987 ; 2ème éd. 2005, pp.5-10.
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