L’Association culturelle d’Aigueperse et ses environs (ACAE) vous propose quelques pages tirées de ses publications sur l’histoire et le patrimoine de la région d’Aigueperse.
L’ACAE sera heureuse de recevoir des études, notes et documents autour des thèmes de l’histoire et du patrimoine d’Aigueperse et des communes environnantes.
Bonne lecture.

AIGUEPERSE : SUCCESSION D’ÉPIDÉMIES DE PESTE DU XIVe AU XVIe SIÈCLES

Détail de fresque. Eglise d’Ennezat.
Aigueperse ne fut pas épargné par les pestes du XIVe siècle, à commencer par celle, dite peste noire, de 1348. Importée de Crimée par des marins contaminés, elle se propagea peu à peu. La contamination est d’autant plus rapide que la malpropreté règne à l’époque. Les rats pullulent et leurs puces, on l’ignore alors, transmet la maladie. Si la peste bubonique à gros boutons purulents n’est pas toujours mortelle, la peste pulmonaire, transmise d’individu à individu, ne laisse aucun espoir : la mort survient en deux ou trois jours.
En 1360, la peste bubonique venue d’Angleterre est mentionnée. Elle se développe lentement en Auvergne, virulente en été, en rémission l’hiver. Pour combattre la maladie, le chirurgien Guy de Chauliac prescrit des vomitifs, des purgatifs, des saignées qui n’ont d’autres résultats que d’affaiblir les malades. S’y ajoutent des remèdes empiriques à base de poudre de crapauds de montagne, de macération d’herbes dans « 8 bons litres des quatre voleurs »…
Médecin durant une épidémie de peste à Rome au XVIIe siècle (gravure de Paul Fürst, 1656).
Les médecins guérisseurs portaient une cotte de peau serrée aux poignets et au cou, prolongée sans couture jusqu’à des bottes imperméables, le tout imprégné de liquides odorants. Du bout de leurs gants tannés, ils tenaient un bistouri à long manche pour ouvrir, de loin, les bubons de la peste et des pinces à manches de deux mètres de long pour extirper les fongosités. À Riom, les barbiers étuvistes allaient parfumer les maisons infestées. Ils y pénétraient avec précaution, portant au cou du mercure dans une noix d’aveline, les narines remplies de thériaque (mélange drogues, plantes et autres ingrédients). Ils faisaient brûler des parfums : encens, oliban, térébenthine, huile de nard avec des brandons de bois de genièvre ou de sapin, et tiraient des coups d’arquebuses.
À Aigueperse, tout laisse à supposer que la peste a également sévi. Dans des lettres patentes des 31 déc. 1376 et 23 avr. 1388, Jean de Berry reconnait que, suite à la mortalité qui y a régné, la ville d’Aigueperse est très affaiblie : « une grande partie des habitants a quitté la ville pour aller demeurer ailleurs et une partie est morte ». La prophylaxie employée pour se défendre de la maladie : 1. fuir si l’on pouvait ; ce que faisaient les riches qui partaient vivre dans des résidences secondaires éloignées des foyers d’épidémie ; nombre de gens d’Aigueperse avaient émigré en Bourbonnais ; aussi la mortalité était-elle plus grande chez les pauvres que chez les riches ; 2. éviter toute contamination avec les malades et les objets de leur entourage. En 1443, il est dit qu’on fit une procession générale à Notre-Dame de Montpensier et qu’on y célébra une grande messe à cause d’une maladie épidémique.

Les épidémies de peste de 1565 à 1586.

Lorsque le roi Charles IX, la reine mère Catherine de Médicis, le chancelier Michel de L’Hospital et leur suite visitèrent Aigueperse le 3 avril 1566, la maison des consuls et nombre d’habitations étaient fermées faute d’avoir été suffisamment désinfectées. Cependant, la ville avait été convenablement nettoyée, ce qui était une bonne précaution d’hygiène.
L’épidémie qui avait commencé en 1565 dura 8 à 10 mois. La plupart des habitants avaient abandonné leur maison, tout commerce et trafic étaient interrompus. Des dépenses considérables avaient été faites pour la nourriture et l’entretien des pauvres malades pestiférés qui, en grand nombre, étaient morts. Par lettres de Charles IX du 27 février 1566, les consuls obtinrent pour la ville des remises d’impôts (tailles). On trouve dans les archives une quittance du 11 novembre 1565 pour payer ceux qui ont enseveli les pestiférés et fait la garde aux portes de la ville en temps de peste ainsi qu’une délibération du 23 décembre 1565 portant moyens pour soulager les pestiférés.
Le 15 février 1581, les consuls exposent qu’Aigueperse a été affligée de la peste pendant deux ans, que tout commerce a cessé avec les villes avoisinantes, que les gens sont condamnés à se garder les uns les autres, que des dépenses énormes ont été faites tant pour les chirurgiens, gardes et portefaix des pestiférés que pour faire parfumer et nettoyer les maisons. Sur quoi Sa Majesté Henri III les exempte de tailles pour trois ans pour les pertes dues à la peste de 1580.
Détail de la danse macabre de La Chaise-Dieu.

De 1000 à 1200 morts.

Une enquête du sieur Frétat, de l’élection de Clermont, le 24 novembre 1581, signale que la ville d’Aigueperse a été affligée de la peste en 1580 et 1581, que, pendant cette maladie, il est mort de 1000 à 1200 personnes, tant grands que petits, que presque toutes les maisons sont ruinées, les meubles brûlés, qu’une grande partie sont inhabitées sans que personne ne les réclame, à cause du décès des propriétaires ou des héritiers.
On trouve dans les archives des quittances :
– 6 quartes de froment accordées par les consuls à Antoine Boyon, vicaire, pour services rendus aux pestiférés en 1580 ;
– sommes payées à ceux qui ont parfumé avec du soufre, du vinaigre, du verjus ou de la parrousine, la maison de ville et autres maisons infectées par la peste et qui ont nettoyé les immondices ; plus dépenses faites par les consuls pour la nourriture des pauvres pestiférés en 1580 ;
– gages payés aux gardes-portes, tant pour interdire aux pestiférés et pauvres étrangers de rentrer dans la ville que pour les empêcher d’y séjourner à cause de la contagion ; pour fermer et ouvrir les portes, soir et matin, et porter les clefs en la main de Mathieu Baile, premier consul (1584) ;
– salaires payés à Jean Mingauld pour avoir visité les malades en temps de la maladie contagieuse, aux alfardiers qui ont assisté à la sépulture des corps pestiférés en septembre, octobre et novembre 1586, et aux serruriers qui ont posé des serrures et crampons aux portes des maisons des pestiférés en 1586 ;
– dépenses faites pour la nourriture des pestiférés qui étaient parqués à La Borne et à Parmat, et aussi pour l’achat du soufre, du vinaigre, du verjus, de la parrousine pour parfumer les maisons des pestiférés ou soupçonnés de l’être et pour payer ceux qui ont parfumé et nettoyé les dites maisons en 1588.
Arsène PERRIN (extraits)

D’après un article paru dans la revue Sparsae n°4, 1984, pp.3-9.
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