L’Association culturelle d’Aigueperse et ses environs (ACAE) vous propose quelques pages tirées de ses publications sur l’histoire et le patrimoine de la région d’Aigueperse.
L’ACAE sera heureuse de recevoir des études, notes et documents autour des thèmes de l’histoire et du patrimoine d’Aigueperse et des communes environnantes.
Bonne lecture.

AVANT-PROPOS. La seconde moitié du XIXe siècle a vu le développement d’une institution qui connut une réelle importance pour le développement technique et économique du monde rural : les comices agricoles. Reprenant les premières initiatives d’échanges d’idées développées à la fin de l’Ancien Régime par les Sociétés d’Agriculture, des Sciences, des Arts et Belles Lettres, l’avocat André Dupin (1785-1865), président de la Chambre des députés sous la Monarchie de Juillet, en relança l’idée par la création dans sa ville , en 1839, d’une société qu’il nomma « Comice d’arrondissement de Clamecy ». Son objet était de promouvoir les techniques agricoles et d’améliorer les races animales. Lors des réunions étaient échangées les dernières connaissances scientifiques.
De tels comices se multiplièrent dans les régions. L’arrondissement de Riom avait le sien. Il donnait l’occasion de démonstrations de matériels et de techniques aratoires récentes ainsi que des résultats de nouvelles méthodes d’élevage. Un concours par catégories de productions, principalement agricoles mais aussi artisanales et industrielles, encourageait les meilleurs propriétaires, fermiers et entrepreneurs régionaux.
« Les concours annuels, les expositions périodiques sont en effet un enseignement public qui stimule l’amour-propre et excite l’émulation. Ces luttes pacifiques dans lesquelles les couronnes gagnées ne coûtent ni sang aux vainqueurs ni larmes aux vaincus, donnent une vive impulsion au pâturage et au labourage, ces deux mamelles de l’État, comme les appelait Sully et aux branches si variées de l’économie rurale[1] » écrivait le secrétaire général du Comice de Riom. Ces réunions devinrent aussi l’occasion de défilés, de concerts en plein air et d’exposition des meilleures productions locales, brefs de fêtes.
L’Association culturelle a relaté dans ses pages (Sparsae n°64, 2009, pp.11-24) le grand succès rencontré en août 1865 par le concours agricole organisé à Aigueperse par le Comice  agricole de Riom. Pour ses 40 ans d’existence, le concours annuel du Comice de Riom eut lieu à Randan les 8, 9 et 10 août 1879.
Le comité cantonal de Randan composé de MM. Mallat, maire de Randan, Tardif, inspecteur général des forêts du domaine de Randan et Aufauvre, notaire à Randan ainsi que ses membres coordonnèrent leurs efforts pour assurer à ce concours le plus grand succès, avec notamment MM. Bailhon du Guérinet, maire de St-Priest-Bramefant, Baladier, maire de St-André, Barrier, maire de St-Sylvestre, Clément, maire de St-Clément-de-Régnat, Gannat, maire de St-Denis, Le Guay, maire de Mons, Raynaud, maire de Villeneuve-les-Cerfs, mais aussi des membres éminents de l’administration locale et de grands propriétaires, dont Mgr le duc de Montpensier, également membre du conseil d’arrondissement.
Le président du Comice était cette année-là, M. Annet Talon, ancien maire de Riom et son secrétaire général, Marc de Vissac, avocat, dont le compte-rendu agrémenté de superlatifs plus élégants les uns que les autres, célébra le magnifique succès de l’événement. C’est de son rapport que nous tirons ces quelques lignes.

Pour l’occasion, « on avait transformé la place dite des Charmes en un grand square au centre duquel s’élevait, au milieu des massifs et des pelouses, un pavillon couvert précédé d’un portique architectural d’un bel effet, destiné à recevoir les produits agricoles, horticoles, maraîchers et industriels. Rangés autour de la place, les machines, instruments et outils formaient à cette verte oasis une ceinture de bois, de fer et de fonte. Les boxes des animaux s’alignaient sous les grands arbres, dans l’allée ombragée qui traverse le champ de foire. La Halle, aménagée en vue de la distribution des récompenses, était tapissée de feuillage et la Mairie disparaissait sous les trophées et les drapeaux. »

[…] « Des mâts vénitiens surmontés d’oriflammes aux couleurs vives bordaient les avenues, coupées de distance en distance par des arcs-de-triomphe de formes multiples et par des kiosques de musique élégamment décorés. Les rues étaient pavoisées avec grâce et des guirlandes de feuillages ou des girandoles courant d’une fenêtre à l’autre enlaçaient les maisons d’une mutuelle étreinte. L’élan de la population avait été unanime. Aussi l’œil du visiteur était littéralement charmé. »

« Pendant trois jours entiers, la ville a regorgé de vie et de mouvement. Le vendredi et le samedi matin ont été consacrés à la réception et au classement des machines, des produits et des animaux. […] Le samedi soir a commencé, pour être continué le lendemain dès l’aube, l’essai des machines agricoles, soit sur la place de l’exposition, soit dans des champs du domaine de La Corne gracieusement mis à la disposition du Comice. Des faucheuses et des moissonneuses mécaniques ont successivement fonctionné sous les yeux de la Commission. Il ne faut pas se le dissimuler, l’avenir est là. »

Les grandes festivités, dimanche 10 août 1879

[…] Ces diverses opérations n’étaient qu’un prélude et le grand spectacle a commencé le dimanche. Dès le matin, une foule compacte affluait de toutes parts, notamment de Vichy, de Riom, d’Aigueperse, de Maringues et de Gannat, avec lesquelles des services spéciaux de transports s’étaient organisés. […] À 9 heures, le cortège se mettait en marche, musique en tête, escorté par la compagnie des sapeurs-pompiers, pour aller assister à la messe d’actions de grâces. […] Durant l’office qui a été célébré par le digne et vénéré pasteur de la paroisse, M. l’abbé Bathias, la fanfare de Randan a fait entendre les plus beaux morceaux de son répertoire. »

Randan. Château du duc de Montpensier.

«  À midi précis, les huit jurys d’examen se livraient à leurs opérations définitives. […] À cette heure, l’affluence avait encore augmenté. On eut étouffé si, par une attention délicate, le parc et même le château n’avaient été ouverts aux nombreux étrangers accourus. »

[…]  «  À 2 heures, a commencé le Festival dû à l’initiative de la municipalité et dont l’honorable M. Aufauvre avait bien voulu diriger l’organisation. Six sociétés avaient été conviées par la Fanfare de Randan : Les Enfants de la Limagne, de Maringues, la Musique de Cournon, la Fanfare de Gannat, les Enfants d’Aigueperse, la Société lyrique de Riom et la Gauloise d’Aubière. […] Toutes les sociétés ont défilé dans un ordre parfait au milieu des ovations générales et se sont rendues à la rencontre de M. le Préfet qu’elles ont accompagné jusqu’à la Mairie, puis elles se sont disséminées sur tous les points de la ville dans les kiosques qui leur avaient été préparés, pour faire entendre de brillants concerts. »

Nous ne reprendrons pas la longue liste des produits, machines et animaux présentés. Notons toutefois, la présentation de M. Lem, confiseur d’Aigueperse, qui avait « reconstitué en sucre tout le château de Randan et ses détails ; c’était à faire venir l’eau à la bouche et l’on ressentait une violente tentation d’expérimenter si le goût de cette magnifique pièce répondait à son gracieux aspect ».  […] À l’intérieur du pavillon, la flore s’épanouissait en variétés nombreuses ; rien n’était plus seyant à l’œil que les collections de gloxinias, d’aquirantes, de coléus, de ficus, de dracoenas, d’aralias, de begonias, de lantanas, de dahlias et de roses exposées par MM. Gendre, d’Aigueperse, Boizet et Levadoux, de Riom ».

Halle au blé de Randan.

Les discours, les remises de prix, les banquets.

[…] À 3 heures ½, le fonctionnement des commissions était terminé et le Comice a fait son entrée dans le local préparé pour la distribution des récompenses. À ce moment le coup d’œil était magnifique. Sur l’estrade décorée de verdure ont pris place M. le préfet du Puy-de-Dôme, M. le sous-préfet de l’arrondissement, M. le président du Comice, la municipalité de Randan, M. le maire de Riom, vice-président d’honneur de la Société, M. de Barante, sénateur du Puy-de-Dôme, MM. Mangerel et Gomot, membres du Conseil général, et toutes les commissions. La musique de Randan occupait le centre de la salle. Derrière elle, la foule s’étendait houleuse, pleine de ce profond murmure qu’on pourrait comparer au bruissement des vagues. »

Dans son discours M. le préfet marqua sa haute appréciation et son plaisir de participer à cette réunion : « Votre association occupe le rang le plus honorable parmi celles où s’unissent, pour se prêter le plus fécond appui, les deux éléments nécessaires au progrès agricole : la connaissance expérimentale et positive des cultures, l’étude des découvertes de la science et du laboratoire. Vous avez su allier, Messieurs, une expérience pratique et consommée aux hautes investigations scientifiques ». M. Annet Tallon, président du Comice prit ensuite la parole « avec cette verve entraînante, cette expression ardente et communicative, cette chaleur d’âme et de cœur que l’âge ne parvient pas à refroidir ». Il n’hésita pas à faire appel à La Fontaine et ses « veau, vache, cochon, couvée » perdus par Perrette. Il n’oublia pas de remercier S.A.R. Mgr le duc de Montpensier qui avait mis à la disposition des organisateurs et du public son vaste parc, ainsi que la municipalité de Randan.

Victorin Jusseraud, maire de Montpensier, présenta ensuite la prime d’honneur attribuée par la Commission présidée par M. Léonce de Moroges, maire d’Effiat, à M. Michel Soalhat, des Charmets[2], commune de St-Sylvestre, fermier de M. Martin Ernest, de Randan. Puis il proclama la longue liste des récompenses.

« Le soir, de nombreux banquets unissaient dans une cordiale sympathie les membres du Comice si bien accueillis et les habitants qui les recevaient avec une hospitalité si gracieuse. A 9 heures ½ éclataient les premières fusées d’un magnifique feu d’artifice tiré sur l’allée du Mail, tandis qu’une illumination générale inondait toutes les rues et toutes les promenades d’une éclatante lumière. Quand a sonné la retraite aux flambeaux, exécutée par toutes les musiques, le spectacle était féerique, l’œil était fasciné. »

[1] Vissac (Marc de), Rapport sur les travaux du Comice agricole de Riom. Concours de Randan 1879, Riom, 1879, p.4.

[2] Aujourd’hui « Les Charmes » ?