L’Association culturelle d’Aigueperse et ses environs (ACAE) vous propose quelques pages tirées de ses publications sur l’histoire et le patrimoine de la région d’Aigueperse.
L’ACAE sera heureuse de recevoir des études, notes et documents autour des thèmes de l’histoire et du patrimoine d’Aigueperse et des communes environnantes.
Bonne lecture.

Né le 15 janvier 1815 à Aigueperse d’une famille d’origine italienne, implantée depuis la fin du XVe siècle à Aigueperse dont les origines italiennes remontent, Mathieu, Marie, Claude, dit Auguste Salneuve fut élevé dans sa famille jusqu’à l’âge de 12 ans, puis envoyé à Paris au collège Bourbon (aujourd’hui lycée Condorcet). Licencié en Droit en 1836, il fut reçu en 1841 docteur de la faculté de Droit de Paris.
Dès l’obtention de son doctorat, Auguste Salneuve vient s’établir à Riom, en qualité d’avocat. En 1847, il fut nommé juge suppléant au tribunal de première instance de Riom.
Généalogie de Mathieu (Auguste) Salneuve (Sparsae).
Lié d’amitié avec le républicain Jean-Baptiste Charras (1810-1865) et les écrivains du journal National fondé par Adolphe Thiers en 1830, Auguste Salneuve avait été préparé dès sa jeunesse aux idées libérales par sa famille, côté maternel (les Gilhard et les Chollet-Beaufort). La Révolution de 1848 et la proclamation de la Deuxième République marquant la fin de la monarchie de Juillet, réalisa son rêve de jeunesse.

Procureur de la République à Montluçon.

Le gouvernement le nomma à un poste difficile, celui de procureur de la République à Montluçon, ville en proie à l’anarchie où toute autorité était méconnue. Chargé de l’action judiciaire, sagement il se refusa à employer toute mesure de violence. Dans cette période, il sut se concilier les suffrages des ouvriers et de ses chefs. Lorsqu’il quitta Montluçon, les comités ouvriers voulurent lui offrir une œuvre d’art. Il la refusa disant qu’il n’avait fait que son devoir. Le procureur général lui proposa de la part du ministre, la croix de la Légion d’Honneur pour services exceptionnels. Il la refusa également ne voulant point être décoré à l’occasion de faits de guerre civile.

Vice-Président du tribunal de Clermont-Ferrand : l’affaire Alphonse Baudin.

En 1850, il fut nommé au parquet d’Ambert, puis, le 8 mai 1851, juge à Mende où il resta plusieurs années, étant considéré comme peu favorable au gouvernement impérial. Le 1er mai 1868, il revint à Riom comme juge d’instruction. Dès la fin de l’année, il accepta la vice-présidence du tribunal de Clermont-Ferrand, là où l’affaire de Presse L’Indépendant du Centre le fit connaître en France comme l’homme de la protestation contre l’Empire.
Ce quotidien d’opposition avait ouvert une souscription afin d’ériger à Clermont-Ferrand une statue du médecin Alphonse Baudin, élu député en mai 1849, tué en tentant avec quelques députés de soulever la population parisienne pour s’opposer au coup d’État du 2 décembre 1851, de Louis-Napoléon Bonaparte : « Mettons nos écharpes ; montrons les représentants à la population, élevons avec elle des barricades. Nous sauverons le pays peut-être, l’honneur du parti à coup sûr. Allons, faisons des barricades »[1]. Le journal fut poursuivi pour ce qui fut considéré par le gouvernement comme une provocation et l’affaire fut portée au rôle de la deuxième chambre de Clermont dont Salneuve était le président. Rendu séance tenante, le jugement fit l’effet d’un coup de tonnerre qui se répandit sur la France entière : Salneuve posa en principe que les hommages, privés ou publics, à la mémoire des morts étaient toujours licites.
Le jugement fut reproduit par toute la Presse et les tribunaux opposants à l’Empire reprirent par la suite les mêmes dispositions dans des causes identiques.
Mathieu (Auguste) Salneuve, gravure par Bonnefoy (1869).

Élu à l’Assemblée nationale en juillet 1871.

En août 1870, la ville de Clermont-Ferrand appela Salneuve à siéger au conseil municipal. Ayant refusé le poste de procureur général, il fut nommé le 4 septembre 1870 président du Comité de la défense du département. Avec 41% des voix à l’élection de février 1871, il ne fut pas élu à l’Assemblée nationale, mais, suite à la démission de Girot-Pouzol, il fut élu représentant du Puy-de-Dôme, avec 54% des voix, le 2 juillet suivant contre le conservateur Aubergier.
Appartenant à la gauche républicaine, Salneuve soutint la politique de Thiers. Il vota contre la pétition des évêques demandant l’intervention de la France en faveur du Pape, pour le service de trois ans, contre le ministère de Broglie, contre la démission de Thiers, pour l’amendement Wallon – fameux amendement adopté à une voix de majorité entrant comme article additionnel à l’art. premier du projet de loi constitutionnelle : « le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans. Il est rééligible. ».
Buste de Mathieu  (Auguste) Salneuve, d’après bronze de Jean Ossaye-Mombur, XIXe siècle, mairie d’Aigueperse. 

Sénateur du Puy-de-Dôme en janvier 1876.

Admis à la retraite de la magistrature le 8 août 1875 avec le titre de Vice-président honoraire, il est élu sénateur du Puy-de-Dôme le 30 janvier 1876, fonction qu’il conserva jusqu’à sa mort à Vensat, le 17 septembre 1889. Siégeant à gauche à la Chambre Haute, il soutint les politiques scolaires et coloniales des ministères républicains. Il fut réélu par les grands électeurs au renouvellement triennal du 8 janvier 1882 par 421 voix sur 564 votants. Il se prononça pour l’expulsion des princes et le rétablissement du scrutin d’arrondissement (11 février 1889), vota pour le projet de loi Lisbonne restrictif de la liberté de la Presse, pour la procédure de Haute-Cour contre le général Boulanger.

Président du Conseil général du Puy-de-Dôme en 1878.

Entré au Conseil général du Puy-de-Dôme en 1878, il devint président de cette assemblée en 1882, c’est assez dire l’influence qu’il détenait dans le département. À noter toutefois que, pour des raisons inconnues, il s’était présenté au canton de Jumeaux et non à celui d’Aigueperse.
d’après Pierre MARLIAC
[1] Cf. Rozier-Robin E., « Le souvenir du 2 décembre dans la mémoire républicaine : 1868-1901 », 1848. Révolutions et Mutations au xixe siècle. Bulletin de la société d’histoire de la Révolution de 1848 et des révolutions du xixie siècle, 1985, p. 87-113.

D’après un article paru dans la revue Sparsae n°3, 1984, pp.21-26.
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