L’Association culturelle d’Aigueperse et ses environs (ACAE) vous propose quelques pages tirées de ses publications sur l’histoire et le patrimoine de la région d’Aigueperse.
L’ACAE sera heureuse de recevoir des études, notes et documents autour des thèmes de l’histoire et du patrimoine d’Aigueperse et des communes environnantes.
Bonne lecture.

Parmi les édifices religieux que comptait autrefois la bonne ville d’Aigueperse, deux ont complètement disparu, se rappelant seulement à nous, de nos jours, par des plaques de rue : « boulevard de la Magdeleine », « impasse du cimetière de la Madeleine », en haut de ville et « rue de la Recluse », en bas de ville. Pourtant, depuis le Moyen Âge jusqu’au XVIIIe siècle, ces deux chapelles, qui relevaient directement des consuls, tenaient une place importante dans la vie de la cité.

La chapelle de la Magdeleine

Placée sous le vocable de sainte Madeleine (on trouve en 1679 également celui de sainte Marie de la Madeleine), cette chapelle était située intra muros au nord-ouest de la ville, entre la porte aux Bœufs et celle des Oules. Elle était au milieu d’un cimetière créé à cet endroit à la fin du XIVe siècle, en remplacement de celui qui entourait l’église Notre-Dame et qui venait d’être supprimé en grande partie en 1398 à cause des nuisances qu’il créait dans le quartier. Ce cimetière de la Madeleine sera utilisé jusqu’au début du XVIIIe siècle.
Quartier de l’ancien cimetière de la Magdeleine.
La chapelle, certainement de dimensions modestes, était donc toute récente lorsqu’elle reçut la visite du roi Charles VI en mars 1395. Le pauvre « roi fol » s’y était recueilli lors de son passage à Aigueperse sur la route de son pèlerinage au Puy. Les consuls s’étaient fait un point d’honneur à montrer à leur souverain la dernière réalisation de leur ville.
Charles VI le Fol (d’après gravure ancienne)
À la lecture des registres de délibérations des consuls, quelques informations apparaissent çà et là sur cette chapelle. Ainsi, le 3 septembre 1428, on parle de la réparation des vitraux ; en 1570 sont mentionnés les gages du sacristain et, en 1575, “les luminiers baillent à refondre” à Charroux deux cloches en métal dont l’une, de sainte Madeleine, pesant 384 livres.
Les archives municipales conservent  également toute une suite de quittances : en 1576, consentie à Mathieu Genebrier    « pour avoir conduit les pierres nécessaires pour bâtir les fenêtres de la Madeleine du grand cimetière » ; en 1577, pour les réparations des portes et vitres de la dite église ; en 1573, pour la couverture de la guérite de la Madeleine. En 1596, on trouve aussi un état du linge de l’église.
Mais le mauvais état de cette chapelle au siècle suivant semble indiquer un désintérêt des Aiguepersois pour ce lieu. Les derniers administrateurs de la chapelle, les marguilliers de la Madeleine, sont nommés par les consuls le 8 janvier 1673. Six ans plus tard, le 14 juillet 1679, l’église est interdite d’accès pour raison de vétusté.

Peu de traces de la chapelle subsistent de nos jours.

On apprend qu’en 1727, les pierres de cette chapelle seront destinées à réparer l’église Notre-Dame dont la nef vient de s’effondrer. En 1741, la municipalité procède à la mise en vente du cimetière et de la chapelle de la Madeleine. La vente a lieu le 4 décembre 1746 au profit du sieur Chabrat dont la maison est attenante à l’église « du côté du bas ». Il se porte même adjudicataire des matériaux de démolition le 10 novembre 1747. Ainsi disparut un monument qui avait compté dans la vie des Aiguepersois.

Que reste-t-il de cette chapelle ? Peut-être un chapiteau sculpté, aujourd’hui posé à l’envers et transpercé d’une descente d’eau, situé à l’intersection de la rue du Four et de la rue Porte-aux-Bœufs et qui servait de chasse-roues, garantissant ainsi l’angle de la maison des accrochages des charrettes. La facture de ce chapiteau semblerait plutôt indiquer le XIIe ou le XIIIe siècle, laissant imaginer qu’un autre édifice, avec colonnes et chapiteaux, aurait pu exister à l’époque romane dans ce même quartier.
Un linteau, aujourd’hui au petit musée lapidaire de l’Association culturelle, présentant deux arcades gothiques et, dans l’espace les séparant, un trèfle à trois feuilles, pourrait provenir soit d’un hôtel particulier d’un personnage aisé résident à proximité du palais de Montpensier (place Saint-Louis), soit de la démolition de la chapelle de la Madeleine. De même, il est possible que le haut de fenêtre gothique encore visible inclus dans un mur de la rue du Chènevis, provienne de la Madeleine.

L’ermitage de la Recluse

Plus curieuse est la fondation de cette « recluserie » qui était construite en dehors des murs de la ville, près de la porte de la Chaussade, en sortie sud d’Aigueperse. Il en subsiste peut-être quelques pans de murs réemployés dans les bâtiments de la rue de la Recluse. L’origine de cette fondation se perd avec les origines de la cité d’Aigueperse, au XIIe ou XIIIe siècle. De création nettement municipale, on retrouve de tels ermitages dans d’autres villes d’Auvergne, mais c’est probablement celui d’Aigueperse qui connut la durée de vie la plus longue.
Il était destiné à y entretenir – nourriture, logement, chauffage, vêtements – une personne, femme ou homme, en échange de ses prières et de ses intercessions pour la protection de la cité et la sauvegarde des âmes de ses habitants. Le reclus ou la recluse était enfermé(e) dans une maison attenante à la chapelle d’où il (elle) n’avait pas le droit de sortir. Chaque jour, la nourriture et ce dont cette personne avait besoin lui était passé par un guichet.

Une regrettable tendance au détournement de fonction…

Aux XIVe et XVe siècles, il s’agissait le plus souvent d’une femme. Mais la situation excentrée de la recluserie et le fait que la pauvre recluse, de par sa fonction, était esseulée, offrait aux hommes en quête d’aventures faciles l’occasion de faire en ce lieu de prière un commerce moins chrétien et un peu trop illicite. Les réunions qui s’y déroulaient, tournaient parfois à la beuverie.
Emmurement d’une recluse (gravure, sign. Ludovic, origine non déterminée, vers 1900).
Aussi, à partir du XVIe siècle, les consuls ne confièrent leur recluserie qu’à des hommes. Au demeurant, les consuls avaient parfaitement le droit de nommer ou d’exclure l’ermite qui y logeait. C’est ce qu’ils font le 5 mars 1536 en renvoyant le reclus. Ils ne lui trouveront un remplaçant que le 18 juin 1536.
St-Flour (Cantal). Le Pont Vieux sur l’Ander (d’après carte postale ancienne).
En bas de ville de Saint-Flour, le “Pont Vieux” franchissant l’Ander comportait, semble-t-il, du XIIe au XVIe siècle, une semblable recluserie située au centre de l’édifice.
Le 24 août 1555, la fondation d’une messe dans cette chapelle (intitulée vicairie) est accordée à Vincent Fontenille, ermite de la Recluse sur présentation des consuls et collation du chapitre Notre-Dame.
En 1584, peut être après avoir été endommagée lors du passage des troupes protestantes de Condé, la chapelle est réédifiée moyennant la somme de 174 livres.
En 1671, frère Pierre Fleury, ermite de Thiers de l’ordre de Saint-François demande à y être admis.
La dernière mention de cette chapelle date de 1783, lorsque la porte de  la Chaussade est démolie, la statue de Notre-Dame du Bon-Secours qui s’y trouvait est momentanément transportée à la chapelle de la Recluse.
Cette chapelle a disparu à l’époque révolutionnaire et il nous en reste peu de choses aujourd’hui si ce n’est une croix en pierre de Volvic, réutilisée dans le pignon d’une grange, que l’on voyait encore il y a quelques années, mais maintenant cachée sous un crépis (on l’apercevait encore en 1990). Cette croix est peut-être un remploi provenant de l’ancienne chapelle et en marquerait peut-être l’emplacement approximatif.
D’après Arsène PERRIN & Olivier PARADIS

D’après un article paru dans la revue Sparsae n°14, 1988, pp.21-25.
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