L’Association culturelle d’Aigueperse et ses environs (ACAE) vous propose quelques pages tirées de ses publications sur l’histoire et le patrimoine de la région d’Aigueperse.
L’ACAE sera heureuse de recevoir des études, notes et documents autour des thèmes de l’histoire et du patrimoine d’Aigueperse et des communes environnantes.
Bonne lecture.

LES PRINCIPALES PORTES D’AIGUEPERSE, VILLE FORTIFIÉE

Lorsqu’on arrive à Aigueperse, la route descend dans une espèce de cuvette allongée qui s’élargit à l’est et au fond de laquelle coule le Buron, petit cours d’eau qui prend sa source à Chaptuzat et va se jeter dans l’Allier. Jadis, les eaux de ruissellement qui suintaient en quantité importante des collines avoisinantes, devaient stagner autours du bourg pour former des mares, d’où les noms successifs donnés à la ville : Aqua Sparsa (1016 – 1150 – 1258 – 1286 – 1475), Villa quae Aqua Sparsa dicitur(1059 – 1107),  Aigua EsparssaEsguiparsa (1307 – 1408), Aiguesprece (décembre 1402), Ayparce(1773), Quiparse en patois. Mais la forme la plus utilisée est Aquae Sparsae, ce qui signifie eaux répandues, eaux éparses.
Beffroi de Dun-sur-Auron (Cher).
On trouve également le nom de Aqua Cerulae dans le Pouillé des maladreries de Saint Lazare, ce qui veut dire « eaux bleuâtres », « eaux perses ». Il s’agit là d’une forme latine refaite sur la prononciation par les clercs du Moyen Âge.
On commence de parler d’Aqua Sparsa en 1016, lorsque Guy II, Vicomte de Thiers donne au chapitre St-Genest de Thiers, l’église d’Aigueperse et les cens qu’il avait le droit de percevoir sur les maisons et hôtels du quartier du bourg. On ne sait rien sur la chapelle du Rosaire qui existait alors. Le bourg était alors limité par deux portes : la porte du Bourg, à hauteur de l’actuelle mairie et la porte Fontaine qui devait se situer vers l’actuelle rue du Buron.
Aigueperse a pris de l’importance, assez tard, vers le XIVème siècle, lorsque les Ventadour, victimes de leurs propres exactions, furent dépouillés de la comté de Montpensier et de la seigneurie d’Aigueperse par le roi Charles V pour en faire concession à son frère Jean, duc de Berry et d’Auvergne. En janvier 1374, le duc de Berry confirme les privilèges de la ville.
Celle-ci s’étant agrandie au nord par la « ville neuve » et par le quartier de la Chaussade au midi, Jean de Berry fit construire après le départ des Anglais une nouvelle ceinture de remparts percés de portes pour protéger la ville contre les incursions ennemies.
Porte de ville d’Ainay-le-Château (Allier)

LES PRINCIPALES PORTES

Au Nord

La porte des Oulles (des brebis ou des potiers ?), appelée aussi porte de la Ville Neuve, fut construite dès 1396, à l’avant de la porte du Bourg. On relève une série de douze quittances pour réparation de la dite porte, du pont volant y attenant, de la chambrette et du corps de garde ; en particulier en 1429, pour la construction des barrières et en 1509, pour l’achat de planches de sapin nécessaires à sa réfection. En 1677, on parle d’une chambre sur le pont de la porte des Oulles  (à hauteur du rétrécissement nord de la Grande rue).

À l’Ouest

En suivant les remparts, trouve successivement : la porte des Bœufs dite aussi porte Poterne (1410) près du cimetière de la Magdeleine ; elle permettait d’aller au Pré Bailly (côté nord du foirail). En 1458, il est fait mention d’une tour appartenant à la ville, près de la porte des Bœufs, rue aux Chènevis.
Plan d’Aigueperse. En bleu les portes citées (cliquer sur l’image pour l’agrandir).
La porte des Chèvres, sortie de la route de Chaptuzat. De 1526 à 1626, on dénombre 22 quittances relatives à sa réparation. L’une, de 1588, fait mention de sommes payées par les consuls « pour la main d’œuvre, les pierres de tailles, la chaux, le sable et autres matériaux employés pour sa reconstruction à neuf avec la chambre et le pont y attenant ».
Porte de ville de Lury-sur-Arnon (Cher).
Entre les deux, la porte Prison, percée dans le mur d’enceinte, ne correspondait pas à une voie très importante (rue de l’Hôpital). Les consuls y firent construire un pont donnant sur deux piliers reposant dans les fossés. Le 12 avril 1456, un litige oppose le seigneur Louis de Bourbon aux habitants d’Aigueperse. Il déclare qu’il est en droit et possession de la tour Prisonnière, dite « de Monseigneur », et du jardin attenant situés dans le bourg de la ville près de la porte Prison nouvellement percée et où il est en droit de mettre des prisonniers  Les consuls soutiennent que la tour appartient à la ville et que si le seigneur y tient des prisonniers, c’est de leur consentement et pour la commodité des officiers qui autrefois devaient conduire les malfaiteurs au château de Montpensier distant d’un quart de lieue. La porte Prison sera réparée  en 1539. En 1572, on relève une quittance de trois livres, trois sous, six deniers payée par les consuls « pour ferrer la dite porte de bandes, gonds, crampons, serrures et clous ». En 1396, il était déjà question d’une porte Prison.
Porte de ville beffroi de Charroux (Allier).

À l’Est

La porte St-Nicolas, dite aussi porte des Bouchers, protégeait la ville du côté de Randan. De 1535 à 1643, dix quittances font mention de réparations  à la porte St-Nicolas, au pont levis, à l’abreuvoir et aux murailles attenantes.
Derrière l’église, la porte St-Quintien dite de la Mélaude ou Mélande, avec son pont attenant était protégée par la tour Naudras. Par transaction du 1er septembre 1443, les chanoines du collège d’Aigueperse s’engagent « à faire les réparations, tant aux murailles qu’aux fossés, depuis la tour qui est derrière l’hôtel de Jean Rigolet et Agnès, sa sœur, et de Obry Attour, fils d’Agnès, en laquelle tour, il y a un colombier,  jusqu’à l’hôtel de Michel et Durant Forgeret frères, au coin duquel ils sont tenus de faire une tour ronde à chaux et à sable, et, sur les dites tours et murailles, des guérites, créneaux, canonnières et autres choses nécessaires pour la défense de la dite ville, faire un escalier de pierres à l’endroit de la porte Naudras ; seront tenus, les sieurs de la dite église d’avoir artillerie et armes pour la défense des dites tours et murailles moyennant quoi les dits chanoines seront quittes des réparations de fontaine, chemins, gages de capitaine et de toutes autres choses excepté des guets et garde-portes qu’ils feront faire quand il sera besoin comme les autres habitants ».
Porte de ville de Charroux (Allier).
La tour Naudras, réparée de nombreuses fois en 1536, 1560, fait l’objet de douze quittances jusqu’en 1636. Elle était pourvue d’une artillerie, de couleuvrines et d’une bombarde.

Au Midi

La porte Fontaine fut doublée par la porte de la Chaussade  (à hauteur de l’actuelle place de la Nation). « Le 6 juin 1407, adjudication au rabais est consentie par les consuls à Monsieur Jean Attour, maçon, qui s’oblige à faire et à parachever la tour de la Chaussade, laquelle a été commencée depuis longtemps. La dite tour aura 8 toises de haut (environ 15m) sans l’avant-pied, lequel sera de sept pieds de haut (environ 2,5m). Elle sera toute carrée en dehors et en dedans et contiendra en dedans 14 pieds carré. Les voutes seront faites en rond appointé et entre les deux voutes, il y aura un plancher de bois garni de degrés pour monter aux étages, et par-dessus, la terrasse. Le pan qui regarde la ville sera garni de deux fenêtres, chacune de deux pieds de large et de trois pieds de haut, chaque pan aura deux créneaux, chacun de deux pieds et demi de large et de quatre pieds de haut, lesquels créneaux seront de pierre de taille revêtu d’enchappement, il n’y aura des créneaux qu’au trois pans de la dite tour et du côté de la ville ; les dits trois pans seront garnis de chenaux de pierre de taille qui conduiront les eaux à du pargouille, et la dite tour sera comme celle de la porte des Oulles ». Les consuls s’engagent à lui payer pour raison de la dite tour, la somme de 578 livres.
En 1496, une chambrette est aménagée au rez-de-chaussée pour les gardes chargés de surveiller la barrière. Le 18 juin 1526, il est question du guet de la porte de la Chaussade, d’une chambre pour le corps de garde, et en 1677 d’une chambre sur le pont de la dite porte.
Porte de ville de Charost (Cher).
La route passait sous la porte fermée par une barrière, un pont volant franchissait le fossé. C’est sous cette porte que les consuls, revêtus de leurs robes noires, apportèrent le dais au roi Charles X lors de la visite de la ville le 3 avril 1566, en présence de la reine mère Catherine de Médicis et du chancelier Michel de l’Hospital.
Une délibération du 25 mai 1783 permet de nous faire une idée de l’importance de la route. Elle précise qu’avant la démolition de la porte de la Chaussade le pont était à l’entrée de la ville de 10 pieds de large (environ 3,5m) et qu’après la démolition de la dite porte, il était souhaitable de donner à la ville une entrée d’au moins 18 pieds (6m) de largeur et de 33 pieds de long (11m environ) , y compris la chaussée aux deux bouts, ce qui laisse supposer que le fossé pouvait avoir de 3 à 4 mètres de largeur.
Dans les archives, il est fait mention de la place Gasconne, près de la tour du Bourg.  En 1591, on relève des quittances pour réparations à la tour du Bourg et à la tour Garnaude. Un compte de 1677 relate la présence d’une tour de la ville près de la porte Fontaine. On peut aussi se rendre compte des soins apportés à l’entretien des fortifications qui assuraient la sécurité des habitants quand on lit sur les registres de 1590 à 1593 les dévastations que subissent la ville et les faubourgs, tant du fait des troupes ligueurs du duc de Nemours que par l’armée royale du comte d’Auvergne.
Pour avoir une idée d’une tour de l’époque, il suffit au promeneur de regarder le haut bâtiment aux fenêtres garnies de barreaux qui domine l’actuelle place de la Tour. Monsieur le docteur Lacour a fait restaurer également une ancienne tour qui protégeait les murailles.
En 1781, le duc d’Orléans accorda la permission de démolir les six portes de la ville devenues inutiles et qui gênaient la circulation.
d’après Arsène PERRIN
Rem. : aucune image n’existe, à notre connaissance, des anciennes portes d’Aigueperse. Les illustrations sont tirées de cartes postales anciennes choisies pour des villes et bourgs du duché de Berry (ndlr Sparsae)

Extraits d’un article paru dans la revue Sparsae (alors intitulée Gazette) n°1, 1983, pp.4-7.
Voir thèmes et sommaire du n°1 sur ce site.