Grâce aux réseaux que l’Association culturelle entretient dans le monde de la recherche historique en Auvergne, il nous arrive assez fréquemment de recevoir des informations, des témoignages et parfois de retrouver des pièces d’archives que l’on croyait perdues ou dont nous ignorions même l’existence. C’est ainsi qu’au début de cette année, un ami, fonctionnaire à la DRAC Auvergne il y a encore peu, me fit part de la découverte par un bouquiniste clermontois de copies anciennes de la charte d’Aigueperse.

BREF HISTORIQUE

Il faut ici faire un bref historique. La première charte mentionnant les privilèges et libertés de la ville d’Aigueperse, a été octroyée par les sires de Beaujeu, dans le premier tiers du XIIIe siècle. Cette charte fut détruite en 1373 par le comte Robert de Ventadour, fils de Bernard, comte de Montpensier, car les habitants refusaient de payer au seigneur la taille aux quatre cas, paiement dont les dispensait la charte. Nous sommes au plus fort de la guerre de Cent Ans et le comte de Ventadour profite de l’époque troublée pour venir rendre raison par la force aux Aiguepersois. Ses soudards prennent la ville d’assaut, la pillent, brûlent la maison consulaire et ses archives, dont la précieuse charte.
Le comté de Montpensier sera repris des mains des Ventadour et donné à Jean duc de Berry et d’Auvergne, frère du roi Charles V. C’est pourquoi, le duc redonne une charte aux gens d’Aigueperse en 1374, en reprenant, apparemment, les termes de l’ancienne. Or, ce document va disparaître des archives municipales et sera remplacé par des renouvellements de charte qui conserveront le même contenu.
Les archives municipales d’Aigueperse, conservées désormais aux Archives départementales du Puy-de-Dôme, possèdent ces renouvellements de la charte, notamment la très belle charte de 1456, donnée par le comte Gilbert de Montpensier dauphin d’Auvergne, écrite sur un long parchemin de plus de deux mètres. Mais nous n’avions plus de copie de la charte la plus ancienne, celle de 1374.
Les hasards de la recherche et la providence nous ont permis d’en retrouver une. Les quatre copies que nous venons d’acquérir sont des documents de travail qui ont été établis d’après les originaux, vraisemblablement au début du XVIIIe siècle. Certaines sont très abîmées et annotées, car nos anciens édiles tenaient compte de la préciosité des documents originaux et travaillaient sur des « copies conformes ».

LA PREMIÈRE ÉCRITURE DES PRIVILÈGES DE LA VILLE

L’intérêt du texte de la charte de 1374 est, d’une part, de préciser, de l’avis même du duc de Berry, la situation politique à Aigueperse et également de pouvoir remonter à la première écriture des privilèges de la ville.
Le propos suivant n’est pas d’exposer le contenu de la Charte qui demandera beaucoup d’attention, mais de rappeler le fonctionnement du consulat d’Aigueperse. Laissée dans les termes de l’époque, la lecture de ce texte nous permet d’appréhender la modernité du fonctionnement démocratique local et les réelles limitations du pouvoir seigneurial. La description des contours du territoire de la ville d’Aigueperse est également d’un grand intérêt, avec des toponymes, des noms de terroirs et des limites communales toujours en place aujourd’hui.
Privilèges de la ville d’Aigueperse (1374)

« Jean, fils de roi de France Duc de Berry et d’Auvergne Comte de Poitou et pair de France savoir faisons à tous présents et à venir que nos biens amis bourgeois et habitants de notre ville d’Aigueperse en Auvergne avant ce que la dite ville fut prise et occupée dernièrement par messire Robert de Vantadour, chevalier, fils du comte de Vantadour, qui à présent est en son corps, Consolat, arche, ses maisons communes et toutes autres choses et signes appartenant à Consolat et plusieurs autres privilèges,  libertés et franchises nous est apparu suffisamment par une lettre ou écrit dont la teneur est telle. Ce sont les privilèges que les habitants et commune de notre ville d’Aigueperse ont heus anciennement, ont et auront toujours mais c’est assavoir quatre Consuls, seize conseillers ou plus ou moins communs corps, ses arches, maison propre, sergent à faire les choses cy dessous escriptes, lesquels Consuls seront mis à chacun an à la quinzaine de Pâques des grands tours sois et quand il plaira aux prédécesseurs Consuls commune et habitants de la dite ville, lequel jour ou autre des Consuls qui auront en cette année prendrait et le conseil et la conseillerie en élisront  autre quatre, lesquels Consuls en leur nouvelle création jureront en la maison de notre Chatelain d’Aigueperse ou de son lieutenant général ou commis à bien loyalement gouverner de commun et à garder les franchises et libertés et usages de la dite ville selon leur pouvoir et s’il avenait que le dit chatelain ou son lieutenant commis prolongassent de prendre des dits Consuls leur serement puisqu’ils l’auront présentés à lui faire en ycelui cas les dits Consuls pourront et leur fera leur uses de tenir office de Consolat tout en la manière comme ils l’ont fait les serements de laquelle présentation seront cru les dits Consuls par leur serement et néanmoins seront tenus les dits Consuls de faire le serement à la requête du chatelain devant le dit chatelain ou de son lieutenant ou commis. Et les y pourront forcer et contraindre de cette manière notre chatelain du lieu ou son lieutenant.

« Et nos sergents et autres officiers  la dite ville en la nouvelle création et à la requête des dits Consuls et en la présence d’yceulx, jureront et seront tenus de jurer sur le Saint Evangile de Dieu bien loyalement t sans fraude garder les libertés, usages et franchises de la dite ville en ces présentes lettres écrites et s’il advenait que le dit chatelain, sergent ou autre officier fussent refusant ou delayant de faire le dit serment, nous voulons qu’à le faire soient contraints et accomplis par notre sénéchal et bailly et par tout autre juge à la requête du Consulat et jusqu’à quand les dits serments seront faits, les dits consuls et les dits habitants ne leurs doivent ni soient tenus d’obéir. ITEM  VOULONS et octroyons que les dits consuls et conseillers ou la gregneure partie d’entre eux puissent alors soit de leur propre autorité judiciaire imposés toute loi qui leur plaira sur les habitants de la ville et dans les franchises d’ycelle que si dessous seront limités et sur tous les autres qui ont ou auront bien en la dite ville, franchises, taille, gueste, gite, commune et imposition et ycelles leur cuelhir et recevoir pour les frais, besognes et négoce de la dite ville toute fois quil leur plaira et qu’ils verront qu’il sera affaire, et au cas que ceux sur lesquels seront les dites tailles, corvées et autres dispositions seront imposés Seront rebelles de payer leur part qui  leur sera indite et imposée, ils y seront contraints et compellis par nos officiers, par prise de corps et en biens. Vante et distraction diceux biens à la requête des Consuls sans ce que nos gens ne doivent en avoir aucune chose laquelle franchise est confirmée et limitée dedans les fins ci-dessous déclarés.

«  C’est à savoir, de la Croix de l’Aubespin de Coreil, la voie qui va au patural et s’en passe dessous Puy Jobert et s’en va à la croix que l’on appelle la croix Bonnin fournier et dillec la voye qui va au pont serrée ; et dillec à la croix du marc, la dite voie qui va à Lentilhac, et dillec la voye qui va au souchet de Julliat, et dillec la voye qui s’en va sous la croix Saint-Légier, et dillec la voye qui s’en va au moulin de Coreil, et dillec la voye qui s’en va droit au dit Aubespin. »

Il s’ensuit les quelques 70 articles de la charte, régissant aussi bien les droits de foire que les droits de justice, d’eau et même la police des mœurs, dont le contenu peut encore surprendre de nos jours ! Mais ceci est une autre histoire…
Olivier PARADIS
Samedi 25 avril 2020