À propos des circonstances actuelles, ce matin, un journaliste de FRANCE INTER a parlé de « notre quotidien bouleversé ». La formule paraît très appropriée… et pourtant…

Voyons ce que dit notre célèbre linguiste castelpontin, Alain Rey, dans la dernière édition (oct. 2019) de son Dictionnaire historique de la langue française.  Une référence d’autant plus que j’ai passé moi-même ma première année d’existence à Pont-du-Château…

En résumé, que dit notre Auvergnat ? Une bonne occasion d’apprendre.

Page 3045 : QUOTIDIEN – adjectif et nom masculin. Le mot est emprunté au latin quotidianus (de tous les jours). Le mot est dérivé de quotidie (ou cottidie) : chaque jour. Dans la prière du Pater, la formule « pain quotidien » se trouve dans le psautier d’Oxford (v. 1120). Le mot a développé le sens figuré de ce que l’on fait tous les jours, à quoi on a sans cesse affaire (av. 1613). Le journal quotidien (1820) a été abandonné au profit de l’usage du substantif : un quotidien (1830). Plusieurs journaux prirent comme titre La Quotidienne ou Le Quotidien. Le mot a ensuite pris la valeur figurée péjorative de « monotone », « banal » (XIXe s.) qui existait déjà en latin : le quotidien (1836), « la vie au quotidien ».

Page 456 : BOULEVERSER – verbe transitif (apparaît une première fois en 1557) composé de deux verbes : bouler (renverser) et verser (renverser)… une tautologie. Au XVIe s. le mot était pris dans son sens physique de renverser, mettre sens dessus dessous… L’usage moderne se fixe au XVIIe s. autour du sens de « mettre en grand désordre par une action violente et avec l’apparition du sens figuré de « modifier brutalement » (1622), « jeter (quelqu’un) dans un grand trouble (dès 1656).  Le mot est devenu courant au participe passé adjectivé.

Alors donc, nos journées qui étaient soi-disant « banales » seraient modifiées brutalement , jetant ainsi un grand trouble ? Étaient-elles vraiment si monotones que cela ?

Notre confinement n’est-il pas en train de nous faire retomber dans un nouveau quotidien, peut-être tout aussi monotone ?

Un chamboulement entraînant un nouvel ordre ?

La formule journalistique semble assez contradictoire… serait-ce un oxymore ? Et pourtant ces deux mots, « quotidien bouleversé »,  je les ai entendu ce matin de mes propres oreilles…  Pardon, c’est, cette fois, un pléonasme..

Voyons maintenant :

Page 842 : CONFINEMENT. […]« De nos jours, il indique surtout le fait d’enfermer et d’être enfermé dans certaines limites concrètes ou, surtout abstraites ». ???  L’équipe d’Alain Rey va sans doute avoir à changer l’ordre des termes pour insister sur l’aspect concret du confinement.

MLD
Photo d’Alain Rey par Lionel Allorge — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=88492569