L’Association culturelle d’Aigueperse et ses environs (ACAE) vous propose quelques pages tirées de ses publications sur l’histoire et le patrimoine de la région d’Aigueperse.
L’ACAE sera heureuse de recevoir des études, notes et documents autour des thèmes de l’histoire et du patrimoine d’Aigueperse et des communes environnantes.
Bonne lecture.

À la Révolution, lors de la suppression de paroisses, un certain remous anima nos villages de campagne, comme en témoigne la pétition adressée le 1er juin 1791 par les habitants de la paroisse de Saint-Jean-de-Vensat à l’Assemblée Nationale[1]. En la découvrant, on peut entrevoir que les relations entre les deux communautés durent être tendues.

Vers 1767, la carte de Cassini (n°51) montre les paroisses de St-Julien, de St-Jean-de-Vensat, de La-Chapelle-d’Andelot et de St.-Genest-du-Retz.

Il y avait en effet plusieurs projets en présence. Le district de Riom dont dépendait la région, projetait de former une seule et même paroisse autour de celle de Saint-Julien, en lui en adjoignant trois autres, celles de Saint-Genès-du-Retz, la Chapelle-d’Andelot et Saint-Jean-de-Vensat. Les habitants de Saint-Jean ne l’entendaient pas ainsi et s’adressèrent directement à l’Assemblée nationale, sous la forme d’une pétition, pour que leur cas fût pris sérieusement en considération.

L’argumentation présentée par leur homme de loi, Barbat-Duclozel, portait sur des éléments techniques tels que les populations respectives de Saint-Jean, 700 habitants, et Saint-Julien, 300 seulement. Parmi les points en faveur de Saint-Jean, deux étaient matériels : l’existence d’une cure pour loger le prêtre à Saint-Jean alors que rien de tel n’était présent à Saint-Julien ; et un cimetière de trop petite taille à Saint-Julien.

Le quartier Saint-Jean et son église (d'après carte postale ancienne).
Le quartier Saint-Jean de Vensat et son église (d’après carte postale ancienne).

Le point de vue des défenseurs de Saint-Jean mit aussi en avant une évaluation sans doute un peu rapide, mais préfigurant les arguments fondés sur nos actuels sondages d’opinion. Ils estimaient en effet que sur les 1.900 habitants des quatre paroisses, il y avait un accord de 1.600 pour un choix de Saint-Jean plutôt que Saint-Julien. Nul besoin de noter que l’idée même d’une telle unanimité contre les pauvres 300 paroissiens de Saint-Julien, ne pouvait qu’être exagérée. Enfin, la pétition cherchait à réduire à néant la question des âges respectifs des curés en place. Cette facette du débat laisse le lecteur un peu songeur car il porte à imaginer les diverses rumeurs qui pouvaient courir pour appuyer le cas d’une paroisse contre une autre.

TRANSCRIPTION DE LA PÉTITION

 Pétition des habitants de la paroisse de Saint-Jean-de-Vensat, district de Riom, département du Puy-de-Dôme à l’Assemblée nationale

 M E S S I E U R S,
  Lorsque vous avez décrété la suppression de toutes les Cures inutiles, et leur réunion à d’autres Paroisses, vous avez sûrement entendu qu’en procédant à cette opération, les administrateurs consulteraient et la population des Paroisses et le vœu du peuple en faveur duquel seule elles sont établies.
Le Directoire du District de Riom a pensé qu’il était utile de réunir les quatre Paroisses de St. Jean, St. Julien de Vensat, St. Genès du Rêt et la Chapelle d’Endelot, en une seule ; nous n’avons donc a nous occuper que de celle qui aura l’avantage d’être conservée. Les habitants de trois Paroisses forment un même vœu pour solliciter la préférence en faveur de celle de St. Jean, et néanmoins l’avis du Directoire du District de Riom est pour celle de St. Julien : il paraît même que la première opinion du Département a été conforme à cet avis. Cependant, sur les nouvelles représentations qui lui ont été faites, il a renvoyé les parties à se pourvoir au Comité ecclésiastique.
 Nous venons donc, MESSIEURS, avec confiance vous demander la conservation de la Paroisse de St. Jean, et nos raisons nous paraissent tellement pressantes que nous nous contenterons de vous les exposer succinctement.
 [page 2] Nous avons eu l’honneur de vous observer [sic] que vous ne pouviez prononcer que d’après la population des Paroisses, le vœu des habitants, et les localités ;
 Or la Paroisse de St. Jean a 700 habitants, tandis que celle de St. Julien n’en a pas 300 ; le moyen de la population milite donc victorieusement en faveur de la première. D’ailleurs les habitants de St. Genès et la Chapelle se joignent à ceux de St. Jean pour demander que cette dernière Paroisse soit conservée ; le vœu des administrés est donc en faveur de la Paroisse de St. Jean ; puisque sur environ 1900 habitants dont cette nouvelle Paroisse sera composée, il y en a au moins 1600 qui émettent leur vœu en faveur de celle de St. Jean. Il est même essentiel d’observer que les habitants de St. Julien qui, comme nous l’avons dit, ne sont qu’au nombre de 300, sont les seuls qui votent en faveur de leur propre Paroisse.
 Enfin, s’il était possible de supposer que des considérations particulières pussent influer sur votre décision, nous ajouterions qu’elles se réunissent toutes en faveur de la Paroisse de St. Jean.
 1°. Son église est beaucoup plus grande que celle de St. Julien, qui ne pourrait jamais contenir ses nouveaux paroissiens.
 2°. Son emplacement, autour d’un terrain spacieux est bien ombragé, présente un local très agréable pour les assemblées de commune, tandis que la Paroisse de St. Julien est de toutes parts environnée de voies communes qui la resserrent.
  3°. Le cimetière de l’église de St. Jean est vaste, très aéré, et il est en outre à portée de l’église ; mais celui [page 3] de St. Julien aurait nécessairement besoin ou d’être changé ou être augmenté.
  4°. Le curé trouvera dans le Presbytère de St. Jean, logement, cour et jardin ; mais ce dernier objet manque absolument à la Paroisse de St. Julien.
 5°. Les habitants de St. Julien prétendent que leur Paroisse mérite la préférence, par la raison seule qu’elle se trouve au centre de toutes les autres qui seraient supprimées. Cette considération serait très puissante, si ce point central faisait une différence essentielle pour le rapprochement ou l’éloignement des paroissiens ; mais nous mettons en fait qu’il n’y a pas cent toises de distance entre les deux églises. On peut donc regarder ce prétendu avantage d’un rapprochement partiel comme un infiniment petit qui, aux yeux de l’administrateur, ne mérite aucune considération ; surtout lorsqu’il est balancé par des raisons si puissantes de la population, de la grandeur du vaisseau, de l’avantage du local, de la situation du cimetière, et du vœu presque unanime des administrés.
 6°. Nous nous ferons aussi un devoir de repousser une imputation odieuse faite au curé de St. Jean, par les habitants de St. Julien qui ont, à cet égard, surpris la religion de MM. Du Directoire du District de Riom. Ils ont prétendu que ce respectable Pasteur était infirme et presque incapable de remplir ses fonctions.
S’ils s’étaient bornés à dire que leur Curé n’a que trente ans, tandis que celui de St. Jean en a plus de soixante, nous nous contenterions de leur répondre : l’inexpérience de la jeunesse est-elle donc préférable aux connaissances que procure l’habitude du travail.      Mais on ajoute que ce Curé est infirme.
 [page 4] 1°. C’est de l’emplacement de la Paroisse, et non du choix du Curé dont il s’agit. 2°. L’allégation de cette prétendue infirmité est une fausseté prouvée par le certificat de trois autres Paroisses qui, en rendant ce premier hommage à la vérité, se sont faites un devoir d’en offrir un second aux travaux et à la charité du Curé de St. Jean qui, nous osons le dire, jouit de la vénération publique. Nous pourrions ajouter qu’il a le bonheur d’être parent de l’Abbé Raynal, et si la France se glorifie d’être la patrie de ce grand homme, la nouvelle Paroisse s’honorera d’avoir pour Curé un Pasteur qui, à des vertus précieuses, ajoute encore l’avantage de porter un nom aussi cher à la France.
Mais loin de nous toute considération étrangère ; le vœu du peuple et son avantage : voilà les suprêmes lois qui doivent prononcer entre St. Jean et St. Julien.
 Si les faits que nous avançons sont contestés, nous vous supplions, MESSIEURS, de vouloir bien nommer des Commissaires : ils prendront les renseignements nécessaires, en présence de toutes les parties, et vous vous prononcerez d’après leur rapport.
 Le Conseil soussigné qui a vu la présente Pétition, estime que les habitants de la Paroisse de St. Jean sont autorisés par les lois à la présenter à l’Assemblée Nationale.                          À Clermont-Ferrand, ce 1er juin 1791.
                                                                         Signé, Barbat-Duclozel, Homme de loi.

Finalement, on sait que la question fut tranchée avec la création de deux communes distinctes : Vensat et Saint-Genès-du-Retz. À la suite de cette pétition, l’église de Saint-Jean resta église paroissiale et le presbytère de Saint-Julien fut conservé. Par contre l’église de Saint-Julien fut laissée à l’abandon, et certains de ses matériaux servirent à la restauration de l’église Saint-Jean. Mais cette dernière, qui se situait dans le cimetière actuel à proximité de l’entrée principale, après diverses campagnes de réparations, fut démolie vers 1908. Elle laissa la place à l’église actuelle, construite de 1895 à 1898[2]. L’église Saint-Julien, dont il ne subsiste que la nef, sert actuellement de dépôt.

Michel MIALIER

[1] Voir à ce sujet : B. Bourgeois, O. Paradis, « Pour la construction d’une nouvelle église à Vensat », Sparsae, n°37, avril 1996, p. 34-45.
[2] Bibliothèque municipale inter-universitaire de Clermont-Ferrand, réf. A 10633

Article paru dans la revue Sparsae n°58, 2006, pp.54-56.
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